Et si le gouvernement jugeait pouvoir se passer des diplômes

D’un côté, des étudiants qui se voient comme l’autre printemps, celui érable, porteur d’un vaste consensus social. De l’autre, un gouvernement qui prétend au grand chantier d’une génération, son Plan Nord. Deux projets dont les routes parallèles semblent loin d’encourager un espace de conversation.

Le Québec a une attitude “clientéliste” à bien des égards. Ceux qui votent davantage (les étudiants n’en sont traditionnellement pas), juge le gouvernement sur la santé et l’emploi, bien souvent, alors que les partis d’opposition depuis près de 10 ans tentent d’ajouter le thème de l’éducation, sans pour autant faire le gain du pouvoir.

Depuis plusieurs années, des stratégies ont été mises en place par les différents acteurs québécois pour revaloriser la formation professionnelle. Ces besoins seront de plus en plus criants pour les régions qui se tournent vers le Plan Nord comme planche de salut et voient leur population jeunesse déserter. Du côté de la santé, c’est d’infirmières, en plus de médecins, dont on a le plus criant besoin. Se pourrait-il que ce gouvernement, dont le chantier dépend en grande partie de la formation professionnelle, souffre moins que le croient les étudiants des diplômes qui risquent d’être mis en veilleuse par la grève.

Un moyen de pression, pour être efficace, doit faire souffrir l’autre partie et trouver le moyen de se frayer un chemin vers la sympathie de la population et de l’opinion publique. Visiblement, sur ces 2 fronts, les étudiants n’ont pas pu viser juste et faire les gains souhaités. Ils ont considéré les appuis des Dan Bigras, Guy A. Lepage et 200 autres personnalités pour plus rassembleuse qu’elle ne l’a été dans les faits. Une grande portion de la population ne voit pas ce qui ferait d’un metteur-en-scène un spécialiste de l’économie, de l’environnement, de l’emploi, de la santé, des ressources naturelles, dans le même corps.

C’est la Commission Charbonneau et la corruption qui seront le réel tremblement des gouvernements et des partis. D’aucun ne peut prétendre à ne pas avoir de cette crasse dans ses donateurs. Malheureusement, quand on poursuit un combat, on est souvent aveuglé par ses propres efforts pour ne pas voir notre réel poids dans la balance.

Je l’ai longuement expliqué, des causes se sont invitées à celle des jeunes. Je crois de plus en plus que ce phénomène a dilué leur propos et leur appui dans la population au final. Le chantier du gouvernement Charest, qui demande de l’huile de bras largement issue de la formation profesionnelle, le fait peu craindre de perdre des diplômes dans plusieurs secteurs dont il peut actuellement se passer. Le moyen de pression des étudiants devra trouver là où ça fait mal, ailleurs qu’à lui-même. Parce que s’auto-pelure-de-bananiser, c’est pas mal ce qui en ressort actuellement.

08

05 2012

Conseil d’un vieux con

C’était en 1989. J’avais 16 ans. Bourassa proposait la Loi 178, un réel affaiblissement de la Loi 101 qu’on se disait. J’étais un des leaders étudiants. Je vous nomme pas les autres, je leur laisserai le soin de le faire si le coeur leur en dit. C’est même pas le but de ce billet.

On a pris les moyens que notre imagination suggérait à l’époque. Débrayages scolaires massifs. Marche militante. Même une qu’on a fait moi et un pote de l’école, de Sorel à Longueuil en une nuit, d’une traite. 70 km de marche en hiver. Ma mère était pauvre comme Job. Me suis gelé avec des godasses de Yellow en plein mars. On a aussi fait un marathon d’improvisation. Une joute de 50 hres d’impro continue. Ensuite, 70 heures en continue. Une cinquantaine de jeunes, des éclairagistes aux “gardiens de sécurité étudiants”. On voulait pas de trouble la nuit dans le petit café où on jouait. La Ville de Tracy nous l’exigeait, pour garder la maison propre, le Théâtre des Beaux Instants, que la municipalité nous avait loué pour quelques sous.

* * *

En ouverture de notre marathon, pour saluer notre initiative? CSN, FTQ, Mouvement Québec-Français, Parti Québécois, profs, jusqu’à Gilles Rhéaume, pas peu dire. C’était tellement enflammé ces beaux discours je vous dis. J’en était gonflé jusqu’à… jusqu’à ce que je finisse moi aussi par dire quelques âneries. J’avais 16 ans vous voyez. Dans tous les courants de changements qu’on m’apportait, je suis pas certain que j’ai su faire le tri. Ce dont je suis certain cependant, c’est que quelques parents commençaient à moins nous suivre. On nous souhaitait apolitique, et j’ai contribué par mégarde à faire le contraire.

Lentement mais sûrement, c’est le Parti Québécois qui s’intéressait à nous. On recevait comme “cellule étudiante” des rouleaux de collants pro-101, des affiches, de la logistique, des conseils. On a appris “fast-track”, un concentré incroyable pour mieux comprendre, aujourd’hui.

Parce que l’avantage que notre lutte étudiante avait, c’était une seule cause, la loi 101. Qu’elle dévie par d’autres groupes en lutte à l’assimilation, en contrôle de l’immigration, en souveraineté, en anti-anglo, ce n’était qu’une question de temps. Ce qui fourmillait autour de notre petite tête ne pouvait pas ne pas nous amener doucement dans certains dérapages. J’en ai été.

Mais aujourd’hui, quand je vois tous les groupes qui fourmillent autour de la cause “Contre la hausse”, je ne peux m’empêcher de me rappeler mon passé. Je ne peux m’empêcher d’espérer qu’il ne souffre pas de récupération par d’autres groupes de pression. Vous connaissez, ces poissons qui voyagent sur le dos des autres, se nourrissant des miettes ou de la peau? Vous inquiétez pas étudiants, c’est pas vous que je vois en parasites. C’est plutôt d’autres groupes que je vois peut-être voyager sur votre lancée. Et je me demande si 25 ans plus tard, après 89 là, on serait pas en train de voir se reproduire le même processus. Mais cette fois, la cause, elle est la vôtre. Il va vous être utile de réfléchir si ceux qui agglutinent leur combat au vôtre, avec leur propre cause et intérêts, ne sont pas à vous nuire, même s’ils pensaient, sincèrement ou pas, aider.

Il n’y aura qu’une pause pour réfléchir qui vous permettra de faire l’éclairage là-dessus. L’autre condition nécessaire, c’est qu’une portée de vieux cons comme moi cessent de vous dire quoi faire, vous, les pas assez cons ;-)

06

05 2012

Il s’appelle Jean.

Il s'appelle Jean

Il s’appelle Jean. On a fait l’école secondaire ensemble. L’est fin comme tout Jean. De mémoire, dans ma poussée de croissance d’adolescence, Jean et moi on se faisait un bon 6 pieds face à face. Jean il fait pas chier personne, pas plus au secondaire que maintenant. C’est le mec gentil, que les filles aimaient à aimer, le bon Jack, le premier qui aurait touché à Jean, on lui aurait envoyé Luc Côté.

Si je vous parle de Jean, c’est que je l’ai retrouvé il y a quelques temps. Sur Facebook. J’ai regardé ses photos. Jean est sur roulettes maintenant. Un accident bête dans notre coin de Mauricie. L’adolescent tripeux de mécanique et de gros chars est maintenant en fauteuil roulant. La vie est une salope que j’ai dit à épouse. J’ai eu pas mal de peine à avaler la photo. L’intimidé scolaire que j’ai été a toujours trouvé que la vie était bonne d’avoir des Jean qui était gentil, plein.

Jean il est resté gentil. Il est resté franc aussi. Le même sans détour que j’ai connu. Dans ce week-end où on on joue avec ma patience, j’ai écrit en statut Facebook “…si c’est un test de patience, je vais le pocher”. Jean m’a brièvement raconté sa rééducation quand on s’est retrouvé sur Facebook. Tellement de courage, de résilience aussi. Jean c’est pas le genre qui vous fait avaler que c’est facile, tout cuit dans le bec, qu’il le surfe (sans mauvaise blague) comme si c’était de première facilité. Jean il m’a dit que c’est un combat devoir s’asseoir sans choix. Tout ça pour vous dire que vous devinez ce qu’il a répondu à mon statut? Je vous la donne en mille: “Tu veux des cours?”

J’ai fermé ma gueule et vous ai écrit ce billet. Parfois je mérite pas d’être debout.

11

12 2011

Quand les Piles ne seront même plus un secteur…

Vous le savez peut-être pas, surtout si vous êtes de l’extérieur, mais St-Jean-des-Piles c’est plus une municipalité. C’est devenu un secteur annexé dans la foulée des fusions municipales. C’est maintenant Shawinigan. Ce que nous sommes pas mal de gens à ignorer cependant, c’est que l’appellation “secteur St-Jean-des-Piles” va disparaître, pour de bon. Oui-Oui! Exit! Mon décolleté de montagnes va s’appeler Shawinigan tout court.

Je vais vous paraître un peu con mais tout est beau à St-Jean-des-Piles. Aussi petit soit le village, que vous teniez votre ruban-à-mesurer de n’importe laquelle des limites du secteur, c’est joli. C’est la cousine bandante* d’une famille un peu morne, comme le personnage coloré d’un regroupement un peu gris, vous voyez où je veux en venir?!

Annexé à Shawinigan, on pourra maintenant dire que plus au nord de Shawinigan, il y a un beau coin de pays, tout en nature et en montagnes, creusées par une rivière majestueuse. Mais on pourra plus dire St-Jean-des-Piles. Enfin pas officiellement. Shawinigan sera un peu comme une jouvencelle qui vous oblige à regarder sa poitrine par un décolleté incontournable, question de faire oublier son gros cul. On sera de plus en plus Shawinigan. C’est comme ça. Va vous falloir apprendre à remonter les longues jambes grises du centre-ville, en suivant les effluves du parfum des mamelles de montagnes, pour trouver le nouveau joli visage du drôle de corps qu’a fait cette fusion. Vous allez nous trouver, tout en haut, notre coiffure c’est le feuillage du Parc de la Mauricie, des cheveux de toutes les couleurs, fédéraux mais quand même beaux. Je sais le Petit Shawiniganais va me demander d’évoluer, d’accepter l’attitude coloniale de cette drôle de décision de nous agglutiner dans une masse informe, mais bon. Puisque c’est mon secteur qui est le plus beau du corps créé, j’ai quand même le droit de gonfler la poitrine, comme font les femmes aux seins bien droits.


* Ne me demandez pas de noms… Je sais que vous allez me pardonner mon écriture, sans trop de compromis, et vous habituer à mes images écrites parfois un peu fortes ;-)

01

11 2011

De la culture Piloise et du HAKA

Vous êtes pas forcé de connaître cette histoire, parce que je vais vous la raconter. C’est une petite tribu de Nouvelle-Zélande, les Ngati Toa. Un peuple tribal avec une culture qui lui est bien propre, avec toutes ses traditions qui le font et qu’à peu près personne ne connaîtrait. Vous les connaissiez vous les Maoris? Moi non plus. Toujours est-il que quand ils allaient à la guerre ou à la chasse, ils se motivaient avec un chant et des mimiques de danse, le Ka Mate. Ça non plus à peu près personne ne le saurait, si ce n’était des All Blacks, une équipe de rugby de Nouvelle-Zélande. Ils ont eu l’excellente idée, cette équipe, de faire ce chant chorégraphié en ouverture de matchs.

Vous l’aurez compris, ce chant tribal est devenu une réelle attraction. Voir ces gros gaillards danser et chanter en scrutant agressivement le regard de l’adversaire a pas mal fasciné la planète. Depuis, tous les matchs des All Blacks font se tourner les regards du monde télévisuel sur cettre tradition tribal.

Vous me direz que les Maoris devaient être heureux! Vous vous trompez un peu. Il y a eu une guéguerre de droits d’auteur. La tribu, qui jadis avait son chant connu que par elle, a fait un réel foutoir à merde à l’équipe des All Blacks, jusqu’à ce qu’intervienne une entente. Vous me direz que la tribu avait pourtant tout à gagner de la visibilité maintenant mondial que lui procurait cette vitrine sur le monde. Allez comprendre, c’est reculé vous me direz, puis ces tribus…

Tiens j’ai oublié de vous raconter pour le site de St-Jean-des-Piles. Il y a une dame qui est en train de faire une demande à Québec, la Bibliothèque nationale, pour savoir si on avait le droit de mettre en ligne le site de St-Jean-des-Piles avec son livre du centenaire. La dame elle comprend pas l’avantage de la visibilité web, elle veut qu’on parle droits d’auteur… Ça vous dit pas quelque chose vous? Je vais aller écouter les All Blacks, et je vous mets le HAKA ici, tout juste en bas.

25

09 2011